Jacky Frémont: Une femme au volant...

(Article du Dauphiné Libéré du 17 juin 2000)

 

Au volant du car qui porte son nom, " Jacky " aura transporter des milliers de buxois sur des millions de kilomètres…

Portrait d'une des très rares femmes à la fois patronne et chauffeur routier.

 

Originaire de Ste Cécile les Vignes dans le Vaucluse, fille de berger maquignon et fière de l'être, Jacky Millet devient buxoise à 12 ans lorsque ses parents y viennent s'installer avec leur troupeau de moutons sur le domaine de Proyas. Après avoir passé son certificat d'études à l'école du Buis, Jacky commence à travailler chez Ducros où elle rencontre le compagnon de sa vie, René Frémont avec lequel elle se marie en 1964.

Devenue chargée de mission sur le secteur de Buis les Baronnies pour les A.G.F. de Montélimar, ce n'est que 10 ans plus tard qu'elle contracte l'étrange virus des routiers. La passion de la route, c'est Guy Espérandieu qui la lui communique. Le dirigeant de la Cie de cars " Tourisme Alex " a du flaire et il repaire tout de suite que Jacky est faite pour ce travail de chauffeur routier. Et pourtant à l'époque, Jacky n'a ni permis de conduire de poids lourds, ni expérience de la route…

Mais Guy ne s'y trompe pas et Jacky contractera rapidement le virus des chauffeurs de car. Au volant de son " Cruiser Berliet ", elle commence par effectuer le ramassage scolaire autour du Buis, puis avec le développement du tourisme et de la société buxoise de transport, Jacky est appelée de plus en plus souvent à aller de plus en plus loin. L'Italie, l'Espagne, le Cap Nord, le Portugal, la Yougoslavie, la Sicile, la Scandinavie, l'Europe de l'Est, le Maroc… Jacky aura parcouru depuis presque 20 ans l'Europe et l'Afrique du nord au volant de son car bourré de buxois en vacances, en déplacement associatifs ou sportifs.

Et pourtant au début cela ne fut pas évident de se faire accepter des collègues comme des clients : " La profession était plutôt macho à l'époque ! Il y avait des clients qui ne cachaient pas leurs inquiétudes de savoir une femme au volant de ce mastodonte. Quant aux collègues, ils attendaient tous que je me " plante " à chaque manœuvres délicates ! Mais maintenant tout va bien ! Je suis acceptée par tout le monde. Les chauffeurs routiers m'appellent même leur " pôte ", ce qui est un vrai compliment dont je suis très fier… "


Jacky Frémont

Quant aux clients, ils sont ravis de " monter " avec Jacky, tant celle-ci n'a pas son pareil pour mettre à l'aise ses passagers, rassurer les petits et faire rigoler les grands. Sa science du volant, son assurance, ses connaissances de tout ce qui roule en font depuis 18 ans un gage de sécurité et de confort pour tous les buxois.

Car mine de rien, à raison d'une moyenne de 10 000 kilomètres par mois, cela fait aujourd'hui quelques 2 millions de kilomètres que Jacky aura parcouru dans son " aquarium " (1), le volant à bout de bras, le pied sur la pédale d'accélérateur et la main sur le levier de vitesse.

Après être restée 10 ans chez Alex, Jacky s'est lancé en 94 dans une nouvelle aventure en créant à 47 ans, sa propre compagnie de transport " Le Taxi du Menon " qui lui permet de travailler désormais en famille avec sa fille et son gendre Robert Clot à la tête d'une flottille de 2 taxis et d'un car qu'elle a tout naturellement baptisé " Jacky ".

Aujourd'hui après les fermetures successives des compagnies buxoises " Tourisme Alex " et " Iris voyages ", la demande de transport de passagers se fait plus pressante à Buis et l'infatigable Jacky envisage sérieusement l'acquisition d'un nouveau car qui nécessitera l'embauche de personnel supplémentaire. Aujourd'hui Jacky, l'une des rares femmes en France à être à la fois patronne et chauffeur routier, fait travailler trois personnes à Buis les Baronnies.

(1) " Aquarium " est le nom que les chauffeurs de car se donnent entre eux pour désigner leur cabine.

Texte et photos : Alain Bosmans